Nous sommes le 21 juillet 1979. Alec van Caloen et moi-même sommes au centre du circuit de Spa Francorchamps avec la mission du LOTTO d’embarquer le chanteur Plastic Bertrand (« Ça plane pour moi ») à 16 heures, juste avant le départ des 24 heures, pour un vol en montgolfière.

Il tombe des cordes et le vent ne faiblit pas. Impossible de décoller dans ces conditions! Nous sortons du circuit la voiture et le ballon. Le LOTTO, déçu, nous demande d’au moins essayer de survoler le circuit à basse altitude.

Nos calculs sont bons

Vers 20h30, le vent n’est toujours pas tombé, mais la pluie a cessé. Alec me regarde, je lui dis : « C’est maintenant ou jamais ». Avec Brigitte et Christian d’Oultremont, Charlotte de Moffarts, fiancée d’Alec et des gens du cru, nous décollons. Nos calculs sont bons et nous passons tout heureux en rase motte au-dessus du circuit et des voitures vrombissantes.

Mission accomplie, me dit Alec, le sponsor sera content, posons-nous. Pas de chance, sur nos têtes de gros nuages nous écrasent et sous nous, ce ne sont que forêts de sapins. Nous volons vite, trop vite pour plonger dans les rares petites clairières. Nous volons maintenant au ras des arbres, trop bas, si bien qu’un sapin plus haut que les autres agrippe notre nacelle qui s’immobilise un instant, l’enveloppe se penche vers l’avant pour nous arracher de ces branches, nous chauffons, le ballon se redresse, la nacelle se libère. Nous reprenons une belle vitesse agrémentée d’un vaste mouvement de balancier. Nous sommes repartis.

L’atterrissage

Toujours pas de terrain hospitalier et le jour qui ne nous voit probablement pas et indifférent à notre détresse silencieuse commence à laisser la place à l’obscurité… Aucune maison en vue sur notre axe depuis que nous avons quitté les abords du circuit. Jamais vu notre récupe, probablement perdue dans les forêts ardennaises. « Là-bas, me dit Alec, les lumières d’un village dans la pénombre. » Ouf, nous y arrivons juste avant l’obscurité complète.

Nous y sommes, mais ça souffle encore fort. Il faut absolument se poser derrière cette agglomération. On touche le sol assez brusquement et heureusement, faisons un bon inattendu au-dessus d’une clôture que nous n’avions pas pu voir. Nous retombons au sol, mais le vent nous traine malgré le parachute grand ouvert. Alec sort un peu trop tôt de la nacelle pour tirer la corde de couronne. La nacelle se soulève une fois encore, glisse sur plus de 50m et s’immobilise enfin. Alex et moi nous nous regardons sans dire mot après ce vol de concentration extrême et sourions.

La récup

Ni le matériel, ni nous n’avons souffert. C’est parfait si ce n’est que nous constatons que l’équipe de retrouving n’est bien évidemment pas au rendez-vous, que sans avoir vu de pointillés au sol, des curieux nous font comprendre que nous avons passé la frontière allemande et que nous sommes près de Monschau (Montjoie). Un journaliste d’Aix-La-Chapelle vient nous interroger et publiera une page complète quelques jours plus tard.

Brigitte, Christian et Charlotte ne sont toujours pas ici et nous n’avons eu aucun contact radio avec eux après le départ. Le journaliste nous conduit au village où nous trouvons un téléphone pour contacter, non sans peine, le père de Brigitte et de Christian pour dire où nous sommes. Il attendra longtemps que ses enfants paumés dans les forêts ardennaises finissent par trouver eux aussi une habitation avec téléphone. Enfin, vers minuit, nos récupérateurs arrivent, Charlotte heureuse et émue de retrouver son fiancé se jette dans ses bras.

En voiture pour repasser la frontière sans trop de difficultés ; quelques explications aux douaniers suffiront. Tout est bien qui finit bien pour un pilote et son passager qui dix mois avant n’avaient jamais vu une montgolfière de près !

René-Michel

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